Tainan, comment une escapade gastronomique a-t-elle fini sans pantalon ?

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Tainan, comment une escapade gastronomique a-t-elle fini sans pantalon ?

« Ce soir, c’est all you can drink. 700 NT$. Mais si vous enlevez votre pantalon, c’est moins cher. En boxer, 600. En slip, 500. »

On se regarde.

« Mince… si j’avais su, je serais venu en slip », dit Sébastien.

« Ah ben tu vois, encore une fois, je nous coûte moins cher », répond Matthieu.

Quelques secondes plus tard, Matthieu est donc en slip, Sébastien en boxer, et on vient d’économiser 300 NT$ à deux. Pourtant, lorsqu’on avait ajouté Tainan à notre itinéraire, ce n’était clairement pas pour tester la rentabilité de nos sous-vêtements. On venait surtout découvrir une ville réputée à Taïwan pour sa gastronomie.

La veille, on arrivait en train avec seulement deux nuits devant nous. Tainan nous apparaît rapidement plus calme, plus basse, avec ses petites rues, ses temples et ses vieilles façades. Notre hôtel est petit, cute, propre et entièrement autonome. Pendant tout le séjour, on ne verra absolument personne. Tout se fait par LINE, l’application de messagerie la plus utilisée à Taïwan : on reçoit les instructions et un code pour entrer, nos petites pantoufles nous attendent à l’intérieur et tout fonctionne parfaitement.

Il fait déjà nuit lorsqu’on ressort. On commence notre découverte de la ville par Shennong Street, l’une des rues les plus connues de Tainan. Bordée de maisons anciennes et de lanternes rouges suspendues au-dessus de la chaussée, elle dégage une atmosphère très différente de ce que l’on a vu jusqu’ici à Taïwan. Pendant des siècles, cette rue se trouvait à proximité des anciens canaux commerciaux de la ville et faisait partie de l’un des quartiers les plus actifs de Tainan.

Aujourd’hui, les anciennes maisons de marchands accueillent des cafés, des petites boutiques et quelques ateliers d’artisans. On prend simplement plaisir à flâner dans cette ambiance paisible avant de poursuivre notre balade vers le Ximen Market. Puis on termine la soirée en passant devant le Fort Provintia. Il est déjà fermé lorsqu’on arrive, mais sa façade illuminée lui donne une certaine allure au milieu de la ville.

L’ambiance nous plaît immédiatement et on est curieux de découvrir ce que Tainan nous réserve pour la suite du séjour.

Et puisqu’on est surtout venus pour manger, notre première soirée se poursuit avec l’une des spécialités les plus connues de la ville : les danzai noodles. Ce petit bol de nouilles servi dans un bouillon léger, avec de la viande hachée et une crevette, fait partie des plats emblématiques de Tainan.

Comme souvent à Taïwan, le restaurant est minuscule, sans décoration particulière et rempli de locaux. C’est simple, peu coûteux et franchement délicieux. On comprend rapidement pourquoi la ville est souvent considérée comme la capitale gastronomique du pays.

On continue encore un peu à se perdre dans les rues avant de rentrer. On est crevés et, avec une seule vraie journée devant nous, le programme du lendemain s’annonce déjà bien rempli.

Le lendemain matin, après notre corde à sauter, on s’arrête prendre un café dans une minuscule roulotte. On était sortis sans notre cash et le vendeur n’accepte pas les cartes. On lui dit qu’on va retourner à l’hôtel chercher de l’argent, mais il nous tend simplement les cafés :

« Prenez-les, vous reviendrez payer après. »

Un tout petit geste qui résume parfaitement cette confiance qui nous aura marqués à Taïwan. Personne ne semble s’inquiéter des casques ou même des clés laissés sur les scooters, des affaires sans surveillance ou, visiblement, de deux touristes qui promettent de revenir payer leurs cafés. Évidemment, on est revenus.

On part ensuite visiter Anping Old Fort, l’un des lieux les plus emblématiques de l’histoire de Taïwan. C’est ici que les Hollandais ont construit le Fort Zeelandia au XVIIe siècle, à une époque où Anping constituait l’un des principaux ports de l’île et l’une de ses principales portes d’entrée. Pendant longtemps, une grande partie du commerce maritime et de l’histoire de Taïwan s’est écrite dans ce secteur.

Comme on est samedi, le quartier est animé. Les marchés attirent les visiteurs, les stands de nourriture se multiplient et de nombreuses familles profitent de leur week-end pour se promener. L’ambiance est agréable et on comprend pourquoi l’endroit attire autant de monde.

Malgré l’importance historique du lieu, la visite nous laisse un peu plus mitigés. Une grande partie des informations est uniquement disponible en chinois. On aurait probablement pu passer notre temps à sortir nos téléphones pour tout traduire, mais ce n’était tout simplement pas l’expérience que l’on recherchait ce jour-là. Résultat, on a parfois eu l’impression de passer à côté d’une partie de l’histoire du lieu. On a trouvé la visite agréable, sans plus, même si l’on comprend parfaitement pourquoi le site occupe une place aussi importante dans l’histoire de la ville.

Matthieu poursuit en revanche très consciencieusement notre découverte gastronomique. Il goûte le milkfish, probablement le produit le plus emblématique de Tainan. Élevé depuis des générations dans les environs de la ville, ce poisson est tellement associé à la région qu’on le retrouve absolument partout : en soupe, grillé, frit ou servi avec du riz.

Il enchaîne ensuite avec un bol de lu rou fan, ce riz garni de porc braisé mijoté lentement dans une sauce parfumée. On en trouve dans tout Taïwan, mais impossible pour nous de visiter la capitale gastronomique du pays sans en commander au moins une fois.

À ce stade du séjour, on a déjà l’impression de passer notre temps à manger. Et honnêtement, c’était exactement le plan.

On fait également un détour par le Blueprint Cultural & Creative Park, un petit espace culturel installé dans d’anciens logements réhabilités. Le site mélange cafés, boutiques créatives et installations artistiques. L’endroit est agréable, surtout pour faire une pause ou boire un café, et sa situation centrale permet de l’intégrer facilement dans une journée de visite. Mais le site reste relativement petit. Si l’on dispose de peu de temps à Tainan, ce n’est probablement pas l’attraction que l’on placerait en priorité.

Plus les heures passent, plus on réalise que ce n’est pas forcément dans ses attractions que Tainan nous séduit le plus. Ce que l’on aime ici, ce sont surtout ses ruelles, ses façades anciennes, ses temples coincés entre deux immeubles, les scooters qui défilent devant les échoppes familiales et cette impression de ville qui vit à son propre rythme. Là où Taipei impressionne par son énergie et sa modernité, Tainan semble avancer à un rythme différent, plus tranquille et presque plus intime.

Le soir, direction le Garden Night Market. Le marché est gigantesque, les stands semblent ne jamais finir et la nourriture est partout. Fruits frais, brochettes grillées, fruits de mer, pâtisseries, boissons improbables, poulet frit géant : on ne sait plus vraiment où regarder.

On avance lentement, en picorant un peu tout ce qui nous donne envie. C’est probablement l’endroit qui résume le mieux ce que représente Tainan pour beaucoup de locaux : une ville où l’on vient autant pour manger que pour visiter.

Après avoir largement rempli nos estomacs, on décide de découvrir la scène gay locale. Le premier bar que l’on teste ne nous retient pas très longtemps, alors on poursuit jusqu’à une deuxième adresse. Une fois à l’intérieur, on nous explique le concept de la soirée : 700 NT$ pour boire à volonté, 600 en boxer et 500 en slip.

Voilà donc comment, quelques minutes plus tard, Matthieu se retrouve en slip, Sébastien en boxer, et notre escapade dans la capitale gastronomique de Taïwan prend une direction que l’on n’avait absolument pas prévue.

Une fois débarrassés de nos pantalons, on commande quelques verres et, pendant un moment, on reste simplement tous les deux à discuter, jusqu’à ce que plusieurs locaux viennent nous demander pourquoi on ne parle qu’entre nous.

Sur le moment, la question nous surprend un peu. Entre la barrière de la langue et nos habitudes, on n’avait tout simplement pas imaginé aller spontanément nous asseoir à la table d’inconnus. Mais ici, cela semble parfaitement normal et, au fil de la soirée, les conversations se multiplient. On est les seuls étrangers occidentaux du bar et chacun veut savoir ce qui nous amène à Tainan, ce que l’on pense de Taïwan ou encore quelles régions on a déjà visitées.

Quelques gin tonics plus tard, on réalise surtout que l’on est en train de vivre exactement le genre de moment que l’on adore en voyage : une expérience totalement imprévue qui nous permet de rencontrer des habitants que l’on n’aurait probablement jamais croisés autrement.

Parce qu’au fond, cette soirée nous rappelle un peu le café du matin. Quelques heures plus tôt, un inconnu nous faisait suffisamment confiance pour nous laisser partir sans payer. Le soir, d’autres inconnus venaient spontanément s’asseoir avec nous et nous raconter leur vie. Deux scènes complètement différentes qui résument pourtant assez bien ce que l’on aura tant aimé à Taïwan : la confiance et la facilité des rencontres.

Le lendemain, il faut déjà repartir. Deux nuits, une seule vraie journée, beaucoup de nourriture et une soirée que l’on n’aurait absolument pas pu prévoir.

On était venus à Tainan pour sa gastronomie.

Et notre escapade gastronomique a fini sans pantalon.

Finalement, même dans l’une des villes les plus gourmandes de Taïwan, le meilleur souvenir n’est pas toujours celui qui arrive dans une assiette.