Busan, pourquoi la mer change-t-elle tout ?

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Busan, pourquoi la mer change-t-elle tout ?

On ne sait pas vraiment pourquoi, mais on s’attache presque toujours plus facilement aux villes qui vivent au bord de la mer. Il suffit parfois qu’une plage remplace un parc, qu’un pont traverse une baie ou que l’horizon apparaisse entre deux immeubles pour qu’une grande ville prenne immédiatement un petit air de vacances. Busan nous a fait exactement cet effet.

Et pourtant, Busan n’a rien d’une petite station balnéaire. La ville est immense, très étendue, traversée par des ponts, des collines et des îles, avec un port marchand gigantesque et des quartiers qui peuvent demander près d’une heure de transport pour être reliés. Mais la mer revient constamment dans le paysage. Une plage apparaît au pied des gratte-ciels, puis une promenade côtière, une falaise ou un temple face à l’océan. Et fatalement, cela change complètement la manière dont on ressent la ville.

Notre premier contact avec Busan a lieu à Gwangalli, le quartier où nous avons choisi de loger. Dès la première soirée, le coup de cœur est assez rapide. Une longue promenade longe la plage, bordée de restaurants, de cafés, de boutiques et de salles d’arcade, tandis que l’immense Gwangan Bridge traverse toute la baie devant nous. À la nuit tombée, le pont s’illumine, les couleurs changent et les tours qui entourent la plage commencent elles aussi à s’allumer.

Des gens s’installent sur le sable, des familles se promènent et quelques petits feux d’artifice apparaissent régulièrement autour de la baie. On est bien au milieu d’une grande métropole, mais la plage joue presque le rôle qu’aurait un grand parc ailleurs : on y vient pour marcher, manger, discuter ou simplement s’asseoir face à l’eau. C’est tout bête, mais ça fait immédiatement son petit effet.

Par curiosité, on profite aussi de cette première soirée pour découvrir la petite scène LGBT locale au Banana Busan, l’un des bars gays de la ville. On est dimanche, donc l’endroit est particulièrement calme, mais on est tout de même contents de voir que cette scène existe ici aussi, même si elle reste beaucoup plus discrète que dans les grandes capitales asiatiques.

Le lendemain, changement complet de décor avec le Gamcheon Culture Village. Avant de devenir l’un des endroits les plus photographiés de Busan, Gamcheon était un quartier pauvre construit à flanc de colline, où se sont notamment installés des réfugiés de la guerre de Corée dans les années 1950. À partir de 2009, un vaste projet de régénération artistique a progressivement transformé le quartier, et aujourd’hui ses maisons colorées, ses fresques et ses escaliers attirent énormément de visiteurs.

Les points de vue sont jolis, mais ce qu’on préfère est finalement de quitter assez vite les itinéraires principaux. Pendant plusieurs heures, on se perd dans les escaliers et les petites ruelles qui serpentent entre les maisons. On tombe sur une fresque cachée, une sculpture, un passage minuscule, puis un café avec une vue complètement dégagée sur le quartier. Cela ressemble presque à une petite chasse au trésor.

On discute même quelques minutes avec un habitant qui a décoré lui-même une partie du mur de sa maison. C’est aussi ce qui rend Gamcheon intéressant : malgré les boutiques et les touristes, ce n’est pas un décor créé uniquement pour Instagram. Des gens vivent toujours ici, et cette transformation du quartier a également apporté une nouvelle activité économique dans un endroit longtemps resté à l’écart du développement de la ville.

On redescend ensuite vers le Gukje Market, où l’ambiance est complètement différente. Les rues commerçantes, les marchés et les petites échoppes sont probablement moins photogéniques que Gamcheon, mais beaucoup plus vivants. C’est aussi ce jour-là que l’on commence à comprendre l’un des petits défis de Busan : les distances. Sur une carte, certains quartiers semblent assez proches, mais dans la réalité, la ville est tellement étendue qu’on peut rapidement enchaîner métro, bus et correspondances pendant très longtemps. On apprend donc vite qu’il vaut mieux organiser ses journées par zone plutôt que vouloir traverser Busan plusieurs fois dans la même journée.

Le lendemain, on avait réservé l’une des attractions que l’on avait le plus envie de tester : le Sky Capsule. De petites cabines colorées avancent lentement au-dessus de la côte entre Mipo et Cheongsapo, avec la mer en permanence juste à côté. On s’y est pris un peu tard et le sens le plus demandé est déjà complet, alors on choisit simplement de faire le trajet dans l’autre direction.

Finalement, aucun regret. L’arrivée progressive vers Haeundae avec la plage et les gratte-ciels qui se rapprochent est superbe, et il y a nettement moins de monde. Ce qu’on trouve aussi pratique, c’est qu’il n’est pas nécessaire de reprendre une capsule dans l’autre sens : un chemin longe pratiquement tout le parcours et permet de revenir tranquillement à pied face à la mer. Le Beach Train suit lui aussi une bonne partie de cette côte. Encore une fois, on est dans une immense ville, mais notre activité de l’après-midi consiste simplement à suivre l’océan.

Un autre jour, on décide de prendre les bus touristiques hop-on hop-off pour découvrir Busan à une autre échelle. C’est probablement à ce moment-là qu’on réalise réellement à quel point la ville est immense. Installés à l’étage supérieur, toit ouvert, on traverse enfin le fameux Gwangan Bridge que l’on observait tous les soirs depuis Gwangalli.

Quelques minutes plus tard, le paysage change complètement et laisse apparaître les grues, les installations portuaires et les interminables rangées de conteneurs du port de Busan, le plus important de Corée du Sud. Le contraste est assez fou : un instant plus tôt, on regardait des gens marcher sur une plage, et nous voilà au milieu de l’un des grands centres du commerce maritime du pays. À Busan, la mer n’est donc pas seulement là pour faire joli. Elle fait réellement fonctionner la ville.

Le bus nous emmène ensuite sur Yeongdo, où l’on découvre le Huinnyeoul Culture Village, parfois surnommé le « Santorin de Busan ». La comparaison nous paraît légèrement optimiste. La promenade au-dessus de la mer est jolie et certains cafés profitent de très beaux emplacements, mais contrairement à Gamcheon, l’endroit ne nous marque pas particulièrement.

On poursuit jusqu’à Taejongdae, à l’extrémité sud de l’île. On y trouve une forêt côtière, des falaises et plusieurs vues sur l’océan. On imaginait une vraie randonnée dans la nature, alors qu’une grande partie du parcours suit finalement des routes aménagées empruntées également par le petit train touristique. Ce n’est pas exactement l’aventure sauvage du siècle pour deux Suisses, mais la balade reste agréable et permet de découvrir encore une autre facette de la côte.

Pour notre dernière grande visite, on traverse une bonne partie de Busan afin de rejoindre Haedong Yonggungsa. Contrairement à beaucoup de temples coréens construits dans les montagnes, celui-ci est installé directement au bord de l’océan. Depuis les escaliers qui descendent vers le complexe, les toits colorés apparaissent presque posés sur les rochers avec la mer juste derrière.

Il y a beaucoup de visiteurs, mais l’emplacement reste vraiment impressionnant. Les statues, les lanternes et les bâtiments bouddhistes se mélangent au bruit des vagues et, après avoir visité plusieurs temples en Corée, celui-ci nous reste particulièrement en tête simplement parce que son environnement change complètement l’expérience.

Notre dernière soirée nous ramène évidemment là où tout avait commencé : Gwangalli. On est assis face à la mer avec une glace lorsque deux hommes particulièrement bien habillés s’approchent d’un voyageur occidental installé un peu plus loin. Après quelques phrases et leur manière de l’aborder, on reconnaît immédiatement le même type de recruteurs religieux qui nous avaient intrigués au début de notre voyage en Corée.

On ne les avait plus croisés une seule fois depuis et ils choisissent précisément notre dernière soirée dans le pays pour réapparaître devant nous. La coïncidence nous fait beaucoup rire : notre voyage coréen se termine presque exactement comme il avait commencé.

Après cinq nuits, on comprend surtout pourquoi Busan nous a plu aussi vite. C’est une immense métropole, avec son port, ses quartiers très denses et ses longues distances, mais la mer vient constamment changer l’ambiance. Entre deux quartiers apparaissent une plage, un pont, une île ou un bout de côte, et les habitants utilisent le bord de l’eau presque comme d’autres villes utilisent leurs grands parcs.

Peut-être que c’est simplement ça qui nous attire autant dans les villes maritimes : elles peuvent être immenses, bruyantes et très urbaines, mais il suffit de voir la mer au bout d’une rue pour avoir soudain l’impression que les vacances ne sont jamais très loin.

À Busan, cette sensation nous a suivis presque partout.