Kaohsiung, et si on était passés à côté de cette ville ?

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Kaohsiung, et si on était passés à côté de cette ville ?

« Vous voulez participer à l’atelier ? »

À quelques mètres de nous, un homme en slip est suspendu par des cordes au milieu d’un bar. On cherchait simplement un endroit où boire un verre et découvrir la scène gay de Kaohsiung. On avait bien vu que c’était un bar gay, mais visiblement, on avait un peu trop vite lu la partie « BDSM » dans la description. La soirée ne va pas tout à fait se dérouler comme prévu.

On est arrivés dans cette grande ville portuaire du sud de Taïwan pour trois nuits, sans vraiment savoir à quoi s’attendre. Kaohsiung nous paraît plus tranquille que les autres grandes villes asiatiques que l’on a traversées. Mais derrière ce calme apparent, on va découvrir une ville étonnante, entre patrimoine religieux, art contemporain et rencontres inattendues.

Notre première balade nous conduit au Pier-2 Art Center, un ancien quartier d’entrepôts portuaires reconverti en immense espace culturel. Les bâtiments industriels accueillent désormais des galeries, des boutiques créatives et des expositions, tandis que des sculptures et des installations artistiques occupent les espaces extérieurs. On déambule entre les entrepôts avant de prolonger la promenade jusqu’au Kaohsiung Music Center, dont l’architecture contemporaine et les façades illuminées donnent au port un tout autre visage à la tombée de la nuit.

Le lendemain, on enfourche des vélos YouBike, le système de vélos en libre-service de Taïwan, pour rejoindre le lac Lotus, dans le quartier de Zuoying. Au bord de l’eau se dressent les célèbres pagodes du Dragon et du Tigre, deux tours de sept étages aux couleurs éclatantes, accessibles par les gueules monumentales des deux animaux. Construites en 1976 à l’initiative du temple Ciji, elles sont associées à une tradition symbolique : entrer par la gueule du dragon, signe de bon augure dans la culture chinoise, et ressortir par celle du tigre pour laisser derrière soi la malchance. On suit évidemment le parcours avant de grimper dans les tours pour admirer le lac.

Tout autour, le paysage est presque irréel. Les pavillons du Printemps et de l’Automne, avec leurs toits recourbés, leurs colonnes colorées et leur immense dragon, semblent surgir directement de l’eau. Un peu plus loin, d’autres sanctuaires et statues monumentales témoignent de l’importance des traditions taoïstes et bouddhistes dans le quartier. Après tant de temples visités en Asie, on ne s’attendait pas à être encore autant surpris par un ensemble religieux. Ici, les couleurs, les proportions et les détails donnent presque l’impression de traverser un décor de cinéma.

On poursuit notre journée au temple Sanfong, un sanctuaire taoïste consacré notamment à Nezha, une divinité protectrice. Derrière sa façade traditionnelle, les cours successives dévoilent des colonnes rouges, des sculptures de dragons, des toitures richement décorées et des centaines de lanternes suspendues. À la tombée de la nuit, leur lumière rouge enveloppe les bâtiments et transforme complètement l’atmosphère. C’est probablement l’un des temples les plus photogéniques que l’on ait découverts à Taïwan.

Après cette journée de visites, on a envie de sortir. On retourne d’abord au Pier-2 Art Center pour boire un verre, mais on comprend vite pourquoi plusieurs personnes nous avaient prévenus que Kaohsiung était particulièrement calme en semaine. Ce jeudi soir, il ne se passe pas grand-chose. On décide donc de tenter un bar gay. (Évidemment, on ne fréquente pas uniquement des bars gays, bien au contraire ! Mais lorsqu’on voyage, on aime aussi découvrir comment vit la communauté LGBT locale, rencontrer des gens et échanger sur leur quotidien. Après plusieurs mois à travers des pays d’Asie où l’homosexualité reste parfois peu visible et où les lieux de rencontre sont rares, retrouver une scène gay plus présente nous fait particulièrement plaisir.) On pousse donc la porte du bar, sans se douter de ce qui nous attend.

On découvre rapidement qu’il s’agit d’un bar BDSM proposant un atelier de bondage. Le propriétaire nous accueille chaleureusement et nous invite même à participer. On décline, amusés par la situation, avant d’engager la conversation avec un habitant qui parle français et a travaillé en France. On finit par passer une bonne partie de la soirée à discuter avec lui, au point d’en oublier presque l’atelier qui se déroule à quelques mètres de nous. Comme quoi, même dans un bar où l’on ne pensait pas rester, on peut faire une belle rencontre.

Le lendemain, changement de décor : on embarque sur le ferry pour Cijin, une île étroite située à l’entrée du port de Kaohsiung. La traversée est courte et, à peine arrivés, on grimpe jusqu’au phare de Cihou, perché sur les hauteurs. La vue permet d’embrasser l’immense port, ses cargos, ses grues et les quartiers de la ville qui s’étendent de l’autre côté de l’eau. On réalise alors à quel point Kaohsiung doit son identité à la mer et à son activité portuaire.

On récupère ensuite des vélos pour longer la côte, entre plage, promenade maritime et petites rues. On passe une bonne partie de l’après-midi à explorer l’île avant de s’arrêter au bord de l’eau. On profite d’un magnifique coucher de soleil sur la mer, sans autre programme que de regarder le ciel changer de couleur. C’est une parenthèse particulièrement agréable après les visites de la veille.

De retour en ville, on retrouve un habitant qui suit notre compte Instagram et avec qui on avait échangé quelques messages. On commence par boire un verre ensemble, puis il nous emmène dans un bar où il a été DJ résident pendant plusieurs années. Grâce à lui, on découvre un petit morceau de la vie nocturne locale, loin des adresses que l’on aurait trouvées seuls. Il nous présente son univers avec une générosité et une simplicité qui nous touchent particulièrement. Encore une fois à Taïwan, l’accueil des habitants transforme une soirée ordinaire en un moment dont on se souviendra.

Et puisque c’est notre dernière nuit dans le pays, on n’a pas envie de s’arrêter là. On termine au Nami, un bar où se succèdent spectacles de drag queens et performances de go-go dancers. L’ambiance est bien plus animée que lors de notre première sortie, et on profite de ces dernières heures pour célébrer à notre manière la fin de notre séjour à Taïwan.

En quittant Kaohsiung le lendemain, on repense à notre première impression de cette ville presque trop tranquille. On a adoré découvrir ses pagodes, ses temples et son immense port, mais on a surtout l’impression d’avoir découvert une autre facette de Kaohsiung, celle que l’on ne trouve pas forcément dans les guides. Il aura suffi de pousser quelques portes, de se laisser surprendre et de rencontrer des habitants pour découvrir des endroits et partager des moments auxquels on n’aurait jamais eu accès autrement. Et c’est finalement ce qui nous plaît le plus dans le voyage : ces expériences qu’on ne peut pas vraiment prévoir.

C’est aussi ce qu’on retiendra de nos semaines à Taïwan. Bien sûr, on a adoré ses paysages, ses villes et sa culture, mais ce qui nous a le plus marqués, c’est la gentillesse et la générosité des personnes rencontrées. Partout, des habitants ont pris le temps de nous aider, de discuter avec nous ou simplement de partager un petit bout de leur quotidien. On quitte donc Taïwan avec un vrai pincement au cœur et l’envie d’y revenir. Et pour une ville dont on ne savait pas vraiment quoi attendre, Kaohsiung nous aura offert une très belle façon de terminer ce voyage.